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Article du 27 mars 2001 à 17h13
Sciences - Ichtyologie
Brest et les spécialistes du poisson


Jean Allardi, président de la société française d'ichtyologie
Le 26 et 27 mars, s’est tenu à Brest le congrès annuel de la Société Française d’Ichtyologie. Une cinquantaine de chercheurs s’intéressant aux poissons se sont rencontrés lors de cette réunion organisée par l‘Ifremer, l‘IUEM, l‘IRD et Océanopolis. Une bonne occasion de découvrir l'engagement de ces scientifiques passionnés, toujours prêts à dénoncer des pratiques militantes aveugles.

La SFI - La Société Française d’Ichtyologie est une association loi 1901, créée en 1976 sous la présidence de Théodore Monod. Elle regroupe un vaste ensemble de chercheurs menant des travaux de recherche fondamentale ou appliquée sur les poissons. Elle a succédé à la Société d’Aquaculture qui était d’avantage axée sur l’aspect pratique de la recherche.

“Mieux connaître le monde qui nous entoure” - La présence du Laboratoire de Pathologie des poissons de l’Afssa (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) ainsi que de l’Apecs (Association pour la protection des sélaciens) témoigne de la diversité des participants à ce congrès.

Jean Allardi, l’actuel président, ichtyologiste passionné, est conscient que pour progresser, la science a besoin de cette diversité : “Nous comptons 400 adhérents dans le monde entier, principalement des chercheurs, mais aussi des associations de naturalistes. Il est important que les choses aillent dans la bonne direction, c‘est à dire protéger les espèces menacées comme certains requins, mieux comprendre comment fonctionnent et se reproduisent les poissons, comment prévenir les maladies en pisciculture ou tout simplement recenser les espèces existantes sur le globe !”

1 nouvelle espèce tous les 3 jours ! - Actuellement, il existe 25000 espèces connues de poissons. On pourrait croire que toutes ont été décrites, pourtant, chaque année, une centaine de spécimens inconnus sont découverts. D’après les spécialistes, il en reste encore des milliers, principalement dans les milieux récifaux ou dans les zones profondes des océans. En 1976, c’est un requin long de 5m, pêché près des côtes hawaiiennes, qui a secoué le monde scientifique : malgré ses mensurations imposantes, personne n’avait jamais mentionné l’existence de l’espèce !

Un manque de naturalistes - Jean Allardi pointe du doigt la recherche contemporaine, et tout particulièrement, la mode du “tout génétique“ : “Depuis quelques années, des crédits importants sont accordés aux recherches en biologie moléculaire ou en génétique. Les étudiants s’intéressant à la taxonomie et à la systématique (description et classification des espèces ndlr) n’obtiennent plus de bourses car les profits à court terme de la recherche fondamentale ne sont pas suffisants. Pourtant, il y a des endroits de la planète que l‘on détruit avant même de les avoir exploré. Nous ne l‘acceptons pas.”

Ne pas faire n’importe quoi - Pour autant, le président n’est pourtant pas tendre avec tous les naturalistes : “La LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) est très médiatique, elle rassemble de très nombreux amoureux des oiseaux et fait souvent du bon travail. Mais quel désastre quand on voit que pour recréer un habitat propice à la ponte des sternes, ils construisent des amas de sable le long des fleuves en saccageant tout l’écosystème ! Et quand il y a des végétaux qui poussent dessus, c’est la même chose, ils les arrachent. A un moment donné, il faut s’arrêter et réfléchir globalement. De notre côté, nous sommes ichtyologistes, mais aussi écologistes”

Vers une pêche raisonnée - Loin du militantisme borné, la SFI fait valoir ses compétences scientifiques en tant que conseiller auprès des pouvoirs politiques. Notamment en ce qui concerne l’état des pêcheries et des politiques de pêche à adopter.

Certaines espèces comme le merlu se reproduisent à l’âge de 6 ans, or la taille minimale de pêche est atteinte bien avant. A l‘inverse, des poissons comme la sardine se reproduisent très vite, en cas de surpêche une année, la population pourra quand même se régénérer.


   Vincent Derrien

 

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