JUIN 2001 -  N° 178 
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Logiciels libres et vie locale : Demain sera-t-il libre pour tout le monde ?

La troisième édition du colloque « Autour du libre » s’est déroulée à Brest, les 16 et 17 mai dernier à l’ENST Bretagne. Cette année, les débats étaient centrés sur l’utilisation des logiciels libres dans la vie des collectivités, des administrations et des associations. La participation à ces journées de Guy Hascoët, Secrétaire d’État à l’économie solidaire, montre que les enjeux relatifs à ces logiciels « open source » ont dépassé la petite sphère du monde des informaticiens.


 Guy HASCOËT, Secrétaire d’État à l’économie solidaire soutient le rapport du député Carcenac sur l’administration électronique : « Çe serait une erreur que d’ignorer la démarche citoyenne, venant du bas. Le potentiel est énorme et deviendra dominant. »
[photo : Vincent Derrien]
En informatique, le logiciel libre s’oppose au logiciel propriétaire. En effet, ce dernier – aussi appelé « exécutable » - est développé par un éditeur qui possède les codes informatiques du logiciel que le client ne peut utiliser sans payer une licence d’exploitation. Les plus connus sont Windows et Mac OS. Dans le cas des logiciels libres, les codes sources des applications peuvent être librement étudiés, copiés et modifiés (d’où son autre nom : « open source »). Ces logiciels libres sont également utilisables sous licence, parfois gratuites, dont la plus répandue est la GPL (General Public Licence).

  2 5% de linuxiens
Depuis dix ans, le système d’exploitation libre Linux ne cesse de gagner du terrain face à ses concurrents « propriétaires ». Il est très difficile, du fait de sa libre distribution, de connaître le nombre exact de machines qui l’utilisent. On estime cependant qu’en 1999, elles représentaient 16% du parc informatique mondial. Aujourd’hui, on parle de 25% !
Aymeric Poulain Maubant est un des initiateurs des journées « Autour du libre ». Pour lui, l’open source est encore jeune : « Le principal frein à son développement, ce sont les habitudes prises par chacun. La quasi totalité des machines est déjà équipée en logiciels propriétaires, les licences sont payées et le personnel des administrations est formé… »

 Initiateur des premières journées « Autour du libre » en 1999, Aymeric Poulain Maubant vient de créer une des premières SSIIL (Société de Services d’Ingénierie Informatique Libre) de l’Ouest.
[photo Vincent Derrien]
  L ibérer la vie locale !
Les collectivités et les administrations sont généralement plus frileuses que les entreprises et les associations quand il s’agit de changer de système informatique. Pourtant, pour David Mentré, ancien élève de l’École nationale supérieure des télécommunications de Bretagne (ENSTB) et membre de l’Association francophone des utilisateurs de Linux et des logiciels libres (AFUL), les avantages sont nombreux : « Le code étant connu, il est très simple de déboguer ou de détecter les failles de sécurité d’une application, de la personnaliser en fonction de ses besoins spécifiques et surtout, le libre permet d’assurer la pérennité de ses données. Car nul ne sait s’il sera possible, dans dix ans, de lire un fichier enregistré aujourd’hui avec un logiciel propriétaire. Avec le libre, ce problème ne se pose pas ! »

  D es services plutôt que des produits
« Quand on achète une voiture, on n’achète pas un garage ! » La métaphore automobile choisie par David Julien, doctorant en économie, n’est pas anodine : « En choisissant le libre, on n’achète plus un produit, mais un service. Comme avec les logiciels propriétaires, il s’agit de maintenance, mais également de formation de personnel et d’adaptation de logiciels aux besoins »
Il semble que les compétences et la volonté politique soient là, mais que, concrètement, les collectivités et les administrations manquent d’informations pour se décider à « franchir le pas ». À la mairie de Brest par exemple, le libre n’est représenté qu’à travers deux applications : une boîte de messagerie et le célèbre serveur web Apache.
Toutefois, Aymeric Poulain Maubant reste confiant quant à l’avenir du libre : « Il faut que les choses se fassent en douceur. Le cadastre, l’état-civil ou même les applications pédagogiques sont des domaines dans lesquels l’open source a de beaux jours devant lui. Les informaticiens sont prêts. On attend les commandes ! »

Vincent Derrien


Contact :
Aymeric POULAIN MAUBANT
21 rue Jurien de la Gravière - 29200 Brest
Tél : 02 98 33 12 49
Fax : 02 98 33 16 54


  L ogiciel libre et recette de cuisine



 [photo : Vincent Derrien]
La différence entre un logiciel libre et un logiciel «commercial» (ou propriétaire) est la même que celle qui existe entre une soupe aux légumes du jardin et un sachet de potage lyophilisé. Ce dernier ne présente aucune alternative : verser la poudre dans un bol, ajouter de l’eau. Point.
Les légumes du jardin quant à eux, offrent des horizons radicalement différents. Tout d’abord, chacun est libre de cultiver ses légumes préférés, et de sélectionner les plus beaux avant de les passer à la moulinette. Un bon repas ne se fait pas sans ses amis, avec lesquels il est possible d’échanger des « codes sources », pardon, des recettes afin de personnaliser ou d’améliorer la formule initiale…
Un logiciel libre (ou open source) est donc une application dont le code source (les lignes de programmation) sont accessibles et modifiables à tout moment, pour tout le monde. L’immense majorité des logiciels vendus aujourd’hui dans le commerce par des éditeurs tels que Microsoft, sont distibués sous forme « exécutable ». Dans ce cas, une seule personne est autorisée à modifier le contenu du code : l’éditeur.
Cette vision communautaire du logiciel informatique est née dans les années 80 et connaît depuis 1990 (date de création du système d’exploitation Linux), un véritable développement. Les valeurs citoyennes sous-jacentes à « l’open source » dépassent en effet la simple polémique entre spécialistes. Les colloques, conférences et rapports se multiplient et tout le monde s’accorde à dire que ça n’est qu’un début…




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